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le boom de la brosse à dents
un produit saisi par le marketing

Traditionnellement, les différentes marques de dentifrice commercialisent des brosses à dents mais ne les fabriquent pas. Pour elles, l’enjeu commercial concerne surtout le dentifrice. Pendant longtemps, l’essentiel des efforts de recherche et d’innovation autour de la brosse à dents a donc été le fait des fabricants fournisseurs de ces marques. Mais au début des années 90, cette approche évolue. Les grandes marques font en effet de premières tentatives, notamment avec le designer Philippe Starck, pour valoriser un produit a priori ingrat.

    "Il y a dix ans, la brosse à dent n’était rien d’autre qu’une "pelle à étaler le dentifrice". Il faut se souvenir que cet objet appartient à l’univers de la brosserie et qu’il est fabriqué par des industriels spécialisés dans les articles ménagers."
    Bertrand Barré, directeur général de l’
    agence Barré & Associés

    "La brosse à dents est un vecteur d’image. Elle permet de communiquer, de façon plus rapide et plus évidente qu’avec un dentifrice, notamment en pharmacie, le caractère innovant de la marque. Elle nous permet de nous différencier de nos concurrents. Enfin, c’est un bon levier pour augmenter la visibilité de la marque."
    Lydie Beaugendre, chef de produits Développement international OTC Sanofi-Synthélabo


La brosse à dents signée Starck pour Fluocaril enclenche le mouvement vers le design. La créativité a fait son entrée dans l’univers de l’hygiène dentaire. Pour Fluocaril, l’agence de design Raison Pure dessine par exemple les MultiColors, qui apportent quelque chose de neuf, d’anticonformiste, dans un univers rébarbatif.

    "On a d’abord travaillé sur l’axe de la performance, de l’amélioration du brossage pour réussir à faire un "marketing de la corvée". Ensuite, on est allé vers un nouvel axe, celui du plaisir: on améliore le brossage par rapport à un contexte, il s’agit de se faire plaisir avec un gadget, un objet ludique. Aujourd’hui, on voit se développer un discours marketing, notamment autour de la bi-matière. On commence à dire aux gens, portez un intérêt à ça, n’achetez pas n’importe quoi. Le temps moyen passé devant le rayon brosse à dents est passé de quelques secondes à plus d’1 minute."
    Bertrand Barré, directeur général de Barré & Associés


Brosse à dents Starck
brosse à dents Philippe Starck
"La brosse à dents est un produit de plus en plus marketé mais il reste encore beaucoup à faire pour inciter les consommateurs à se brosser les dents et à renouveler leur brosse. Les investissements publicitaires sur ce produit par exemple, sont bien inférieurs à ceux engagés pour les dentifrices."
Sandrine Girard, chef de produits Elida Fabergé

L’explication de ce boom du design dans l’univers de la brosse à dents est avant tout commercial. En France, ce marché offre encore d’énormes possibilités de progression. Si les Japonais achètent en moyenne 5 brosses à dents par an et les Américains presque 3, les Français en achètent moins de 2. De plus, la montée des marques distributeurs incite les grandes marques à réagir pour protéger leurs parts de marché.

linéaire de supermarché

    "Grâce aux brosses qui contribuent à transformer la corvée de brossage en plaisir, le taux de renouvellement des brosses augmente. Mais il reste encore très inférieur à ce qu’il devrait être."
    Lydie Beaugendre, chef de produits Développement International OTC Sanofi-Synthélabo

couleur et matière

L’irruption du design dans l’univers de la brosse à dents a également été favorisée par le développement de nouvelles possibilités techniques.

les élastomères
Les polymères thermoplastiques ont l’énorme avantage d’être facilement transformables par le procédé d’injection: procédé rapide et économique permettant d’obtenir des objets en très grandes séries à très faible coût. En revanche, les thermoplastiques existent sous forme de plastiques rigides ou semi-rigides: les plus souples étant les polyéthylènes, polypropylènes et PVC.
Mais il existe une famille de polymères aux propriétés très intéressantes: les élastomères ou les caoutchoucs qui offrent la propriété d’être élastiques avec un toucher très soft, et qui peuvent être utilisés pour faire des poignées ergonomiques. Cependant, jusqu’à une époque récente, la mise en œuvre des élastomères nécessitait trois opérations: mélange des ingrédients, mise en forme et vulcanisation ou cuisson.

brosse à dents oral-b
Brosse à dents Oral-B Advantage
Les propriétés élastiques étant très attractives, des recherches ont été réalisées à partir des années 70 pour obtenir des élastomères transformables comme les thermoplastiques. Les élastomères thermoplastiques TPE existent depuis vingt ans et sont utilisés industriellement depuis une bonne dizaine d’ années, notamment en bi-injection avec des thermoplastiques compatibles. On peut donc de cette façon obtenir en une opération un objet fini comportant deux zones: une rigide et une souple, éventuellement de couleur différente. On s’appuie alors sur une variante de l’injection, la bi-injection ou surmoulage.
oral B
La bi-injection
L’injection est le procédé de transformation le plus utilisé dans la production d’objet grand public en thermoplastique: électroménager, automobile, jouet, hifi, téléphonie… La machine se compose d’une trémie (stockage des granulés plastiques) et d’une vis qui achemine les granulés vers la buse d’injection en les chauffant et les mettant sous pression. Derrière la buse d’injection se trouve le moule qui comporte au moins deux parties.

Le cycle de fabrication:
• fermeture du moule
• injection
• maintien de la pression pendant le refroidissement
• ouverture et éjection des pièces

Il dure quelques secondes pour un bouchon, quelques minutes pour un pare-chocs automobile.
L’injection comporte de nombreuses variantes dont l’injection bi-matière ou surmoulage pour réaliser des pièces bicolores. On utilise alors une presse comportant deux vis qui permettent de préparer deux matières simultanément: la rigide et la souple dans le cas de la brosse à dents. Le système d’injection permet de piloter les deux matières de façon synchrone pour les acheminer dans le moule. Le moule est plus complexe, il comporte un nombre pair d’empreintes qui fonctionnent en temps masqué. On injecte d’abord la partie principale rigide sur la moitié des empreintes, puis on change une partie du moule par rotation pour surmouler la partie souple sur l’autre moitié.

    "La bi-matière est arrivée il y a dix ans dans la brosse à dents, c’est-à-dire beaucoup plus tôt qu’ailleurs. La bi-injection a servi au début à faire du bicolore en évitant une deuxième opération de décor. C’est une innovation de producteur, pas une innovation de marque. Le moule est plus cher mais le prix de la pièce est moins élevé. Cette technologie permet d’exprimer stylistiquement et visuellement la fonction ergonomie."
    Bertrand Barré, directeur général de Barré & Associés


la révolution de la couleur
L’évolution des matériaux plastiques et des techniques d’injection a permis aux designers de disposer d’une gamme étendue de possibilités. Après les brosses à dents blanches ou limitées à quelques couleurs de base, on a vu apparaître des couleurs primaires et vives, associées à des notions de plaisir. Aujourd’hui, on assiste à une "cosmétisation" du produit avec une évolution vers des matières transparentes, givrées ou acidulées.

Lancée en avril 1999, la brosse à dents Serena est destinée aux seniors et aux personnes qui ont les gencives sensibles. Dessinée par Raison Pure Internationale pour la marque Parogencyl, elle illustre bien l’une des grandes tendances du design couleur: fraîcheur et transparence.

brosse à dents Serena
Brosse à dents Serena
jouez